Paru le 19 Mars 2003
ISBN 2-84335-163-4
128 pages
7.50 euros
 
  Fragmentation d'un lieu commun
 
   
DU MÊME AUTEUR
AUX ÉDITIONS VERTICALES


Nullipare
Dressing
Stations (entre les lignes)
Mort d'un cheval dans les bras de sa mère
  Jane Sautière
  Fragmentation d'un lieu commun regroupe cent textes brefs, segments d'un travail d'éducatrice pénitentiaire et traces de ceux que Jane Sautière a rencontrés de part et d'autre des barreaux (détenus, surveillants, collègues). " Je vous contiens et je vous déverse. Choisir les mots par lesquels cela s'énonce est une liberté considérable, plus haute que les murs qui vous enferment encore ", dit-elle. Ecrit dans une langue d'une extrême densité, ce livre n'est pas une solution technique, administrative aux problèmes de l'enfermement, mais une inscription contre l'oubli.

 

  Samuel Beckett, dans Premier amour affirme sa préférence pour les inscriptions qui figurent sur les cimetières, ces lieux communs par essence et par destination.
Les prisons sont devenues des lieux communs. Fragmentation d’un lieu commun s’inscrit dans cette double problématique de la littérature et de l’enfermement.
La forme fragmentaire était la seule, aux yeux de Jane Sautière, susceptible de prendre en compte l’espace de l’écriture que la stigmatisation sociale ou carcérale ne permettait pas.
Cent fragments où la (petite) multitude des situations évoquées renvoie, non à l’exutoire d’une souffrance, mais à la nécessité de percevoir qu’il n’y a pas «des» tragédies du champ social, mais une tragédie dans laquelle «une» multitude s’incarne, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Jane Sautière, nourrie de son expérience professionnelle, a écrit un texte littéraire, non un témoignage. Fragmentation d’un lieu commun regroupe très exactement cent textes brefs (numérotés) qui relatent des scènes de la vie carcérale. Dans chacun de ces fragments, l’auteur s’adresse à un individu apparu selon la charge du souvenir qu’elle en a gardé et qu’elle a croisé de part et d’autre des barreaux. Elle parle des instants qu’ils ont vécu en commun et lui dit «vous», ou parfois «tu», ce qui confère au ton de ce texte sa particularité, un ton et un regard porté d’une rare justesse. Ceux dont elle parle et à qui elle s’adresse ont peuplé sa vie comme ils ont peuplé la prison. Il y a des détenus, mais aussi des surveillants qui comme elle, habitent la prison sans y être enfermés. Il y a ceux qui en sont sortis mais qui n’arrivent pas à s’en sortir. Il y a ceux qui y sont restés. Et ceux qui y restent.